vendredi 4 juillet 2008

MESSAGE 085 / REPLI

























Depuis quelques jours gueule de bois, langue pâteuse, je tourne en rond, reviens sans cesse sur les mêmes choses, perclus, fébrile à l'atelier, atelier vide, éteint, mort.
Si tu as arrêté de peindre, pourquoi reviens-tu là-dessus? Tu as tiré un trait, oui ou merde? Si tu as tiré un trait pourquoi ce blog? Pour faire état de ce que tu as fait? Tu n'as rien de moins con à faire que ton apologie ou celle de ta peinture? Ca ne te ressemble pas. Je sais, tu aimes bien ce que tu as fait, mais tu ne vas pas comparer ce que tu en dis à ce qui est fait.

Tu voudrais encore faire quelque chose? Mais tu ne peux pas. Certes, tu jouis de tout le temps libre pour cela mais .... le financement. Ah, le financement! Tu ne peux pas voir plus petit? Et bien non, on ne choisit pas sur ce chapitre. En peinture on ne compte pas. Alors? Alors, quoi? C'est foutu? Oui, foutu, pitoyable.

Mais qu'aimerais-tu donc tant faire? De la sculpture. Oui, de la sculpture. De la sculpture, tiens donc! Et comment ça? Bouse de vache et foin, du pisé bengali en quelque sorte. C'est quoi cette connerie? C'est très sérieux. Quand je restais à Puri en Orissa, tous les matins, la femme de mon serviteur badigeonnait le sol du bungalow d'un mélange de bouse de vache et d'eau qu'elle appliquait avec une balayette de palmier. L'habitation avait reçu ce traitement quotidien depuis des décennies sans doute. Son sol transmettait au pied une sensation unique de confort, de bien-être, de sécurité, d'apaisement.
C'est avec un mélange à base de bouse de vache en alpage et de foin de la Crau que je voudrais travailler. Je sais nous avons généralement pas mal de prévention à l'égard de la bouse de vache, mais avez-vous déjà posé votre nez, en montagne, sur une bouse de deux jours? Croyez-moi, c'est un nectar de fragrances. Essayez si l'occasion se présente à vous et si la vache n'a consommé que les herbes et les fleurs de l'alpage. C'est avec ce mélange bouse, foin et eau que je voudrais faire mes personnages, Deale esq., les Fulambules, toutes les têtes de bâtons-à-tête de griots et les Hommes-arbres.
Il suffirait que je séjourne un à deux mois en estive dans une fromagerie-étable de vaches, que j'aie deux planches de coffrage, quelques pierres, de la ficelle, une pièce pour les premiers jours de séchage.
Mais, je rêve, je rêve.

Et voyez-vous, ce que je trouve profondément dramatique dans tout cela, c'est que jusqu'à ces dernières années je pouvais faire fi de toutes ces contraintes matérielles, de ce choix , ce dilemme constant entre confort et mise en oeuvre de mes rêves élaborés. Sacrifier l'assiette au travail. Aujourd'hui ma santé s'y refuse. Cette salope, vous n'imaginez pas, s'est associée pour vaincre à la peur permanente, à l'inquiétude, au tourment, aux cauchemards pour avoir raison de l'imaginaire. Et ça, ça me fait tout de même bien chier.

Viens, Melchior, on va se promener dans les vignes.

Amer Balthazar

Là, là vois-tu, Balthazar, si tu permets, tu as eu une phrase malheureuse. Grossière, ordurière mais, surtout, qui résonne très mal dans ton propos. Ici, chier et bouse de vache se côtoient fort mal. Tu aurais dit je suis dans le caca aurait fait au moins juvénile, là t'es carrément sénile-sâle.
Ouais, le MAMI est bien mal en ce moment.

Clémentine, aux quatre-cents coups
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7 commentaires:

Lidia a dit…

Ton texte est magnifique. Je l'aime beaucoup.
N'oublie pas de remplir ton assiette et de prendre soin de toi, sans qui ni peinture, ni sculpture. A toi de trouver le juste milieu entre l'art et l'art de la table.

Bonne soirée à toi.

Assiette vide a dit…

Merci Lidia, mais c'est que Juste milieu est une personne du monde de la raison, il n'a pas sa place dans mon Panthéon et ce que j'ai fait n'a jamais été et ne peut être que du monde sans raison. Sinon je ne boude pas sur l'argenterie, la bonne porcelaine et un service discret.

Hervé, indécrotable.

Lidia a dit…

Je suis d'une indélicatesse indécrotable.
En te parlant de ton assiette, tes tubes de peinture, ton texte j'ai oublié de te dire combien ton tableau est très beau.

J'espère que tu vas bien.

Lidia

Balthazar a dit…

On dirait qu'on lui a servi un plat de ....... de vache, non?
En reprendriez-vous avec nous?
Le MAMI au complet,
Merci à toi de nous tous.
Balthazar

Balthazar a dit…

Lidia, j'ai fait un peu vite dans ma réponse, Edouard te représentait le plat de peinture pour un deuxième service, pas la b.... de vache, c'est ce qu'il faut comprendre. Même si ce n'est pas fute-fute non plus.

Tout le MAMI confus.

Lidia a dit…

J'en prendrai bien un peu, pour goûter... T'as du citron ?

Balthazar a dit…

Peinture et citron? Quelle drôle d'idée. J'ai mangé toutes sortes de choses, même de la vache enragée, de la bouse non, peinture et citron jamais, quel goût ça a?
Je lève mon verre à ta joie de vivre.

Balthazar