lundi 29 octobre 2007

MESSAGE 042 / CREER / RECUPERER

Ce blog a été ouvert il y a quatre mois. Un calendrier a quelques vertus, celle, notamment, de rappeler, dans la durée, au cadre de travail initialement défini. Nous disions dans les premiers messages que notre projet était de traiter du concept création/aliénation à partir de notre travail/création personnels.
Nous en avons été régulièrement détournés et/ou réorientés par les interventions surgissant des commentaires et des liens externes établis au fil du temps.
Mais, aussi, nous avons vu notre création détournée elle-même et par nous pour illustrer notre propos selon des besoins immédiats. Nos portraits régulièrement mis à contribution pour tenir ou faire comme s'ils tenaient eux-mêmes les propos énoncés.
Alors que je peignais ces mêmes portraits, il y a une dizaine d'années, peu m'importait alors d'envisager qu'ils pourraient un jour illustrer un projet autre que celui même qui me poussait à les réaliser et dont les raisons m'échappaient alors et m'échappent aujourd'hui encore. Aliénation?
Je les peignais, croyais-je, en suivant la piste que la peinture me semblait elle-même tracer. Je donnais suite, par un nouveau trait de peinture, au trait précédemment effectué. Ni plus ni moins me semble-t-il. Jusqu'à ce que le tableau me parût réalisé. Sans plus, sans rien de plus.
Aujourd'hui, je viens de les détourner de leur statut originel. Après les avoir égarés dans des HD perdus, inutilisables, les originaux affectés en donation.
Parler de tout cela, l'intégrer dans un concept d'aliénation est peut être excessif. Détournement, réappropriation, conviendraient peut-être mieux?
Qu'en dire? Un outil a une fonction, une utilité précises. Une peinture, elle, est-t-elle une sorte de placebo universel?
Il en est de la peinture comme de la connaissance de soi, elles peuvent s'approfondir avec le temps, se révéler. Etre révélatrices, évolutives. Nous ne sommes aliénés que par les images du passé, figées en lui. Comme nous, les images sont appelées à évoluer, s'approfondir. Ou non? Régresser alors? Vous en pensez quoi, tiens?



J'aime utiliser ce jeune homme, cette sorte d'éphèbe, pour lui faire tenir les propos que je viens de tenir.

7 commentaires:

joye a dit…

Ze talking head ?

Soit.

Je me demandais si tes peintures ont pris de l'âge, ou si elles restent intactes après des années ?

Balthazar a dit…

Pose-leur la question.
Peut-être sont-elles comme 014?
Et toi?
Balthazar

joye a dit…

Moi, je suis mortelle.

;-)

Balthazar a dit…

Mortelle peut-être, mais tu t'en es pas mal tirée lors de ton dernier avis de tempête, non?
C'est quoi un blog pour toi?
Un message?
Un commentaire?
J' ai précédemment tenté de t'orienter sur ces questionnements, sans succès.
Moi, je pensais et je pense que c'est l'art d'aujourd'hui, comme l'ont été récemment la photo, le cinéma, la BD, le graph. Avec un lien direct avec le public, de première main, sans les historiens de l'art.

Balthazar, talking

hi3 a dit…

Je pense (trop, du reste, pour l'aspect intransitif du verbe) que tant que l'on peint au nom (indicible, ineffable) d'une "nécessité intérieure", pour marginal que l'on puisse sembler aux yeux des non-peignants, on échappe, justement, à l'aliénation ; dans le sens où la toile est une extension de nous, un fond à exprimer qui ne pouvait tout simplement pas se satisfaire de quelque autre forme. Et, réalisant le tableau, on se réalise, soi ; quel que soit le résultat, inconditionnellement. C'est déjà pas mal.

Reste que cette société n'est pas faite pour les artistes et qu'il semblerait bien que ce triste constat "nous" rattrape tôt ou tard.
J'ai peint longtemps, malgré les vicissitudes de la vie, obstinément, résolument. Pour respirer, pour évacuer l'énergie néfaste en excès, pour fixer un peu du souffle vital lorsque je le sentais vibrer en moi, afin de ne pas l'avoir perdu tout à fait, aux heures plus noires.

J'ai essaimé un peu mes toiles, au gré des ventes et de quelques donations. Je sais que de par le monde, ici ou là, doivent exister, avec des gens (de vraies personnes normales !), quelques-unes de mes créatures (à moins que, dans un excès de folie comparable peut-être à celle qui les engendra, elles ne se fussent laissé détruire par leur possesseur, improbables golems dans une société qui nie l'évidence du vivant).

J'ai cessé de peindre en 2004. Disons que j'ai bien commis quelques scories depuis, mais rien qui soit réellement fait de chair. La mienne semble s'éteindre depuis, peu à peu, à petit feu (celui de la passion qui m'a calcinée trop tôt ?).

Peindre n'est pas un acte raisonnable mais je pense qu'il permet à pas mal d'entre les peignants d'échapper à l'aliénation véritable, qui est la perte du lien avec soi, la part de divin qui réside en nous. C'est our cela que je crois qu'il y a une part d'enthousiasme tout platonicien dans la création (rappel : un moment où le dieu est là). Le divin étant en nous, le dieu, en nous pénétrant, nous réalise dans notre unité, nous ré-associe à nous même. Point d'aliénation.

Exposer, communiquer, vendre sont des actions plus raisonnables ; travailler aussi. Partant, plus aliénantes.

Ihihimmatériellement,
hi3

Balthazar a dit…

tu vois, joye, si je devais tous les jours passer des heures dans les transports en commun pour aller travailler et rentrer à la maison, si je devais choisir une lecture relue comme les carnets de M. Leiris par J.-L. Trintignant en Avignon, je prendrais ton blog pour le lire dans le métro, je le tendrais à Trintignant pour qu'il en travaille la lecture.
Aujourd'hui, joye, nous pouvons supprimer qques passeurs d'autrefois, les critiques littéraires de nos journaux, nos émissions culturelles et télévisuelles culturelles pour découvrir par nous-mêmes, de première main, nos auteurs. Aujourd'hui, le public est en mesure de décider le premier ce qui est de l'art, de la littérature.
C'est vrai, surgit un problème de proximité, un livre et son auteur nous semblent tellement plus lointains qu'un blog et son auteur, le coût du livre? C'est vertigineux si on n'y prend garde.

Balthazar.

Balthazar a dit…

hi3, il faut me livrer un prénom. j'adore les ânes, mais à ce jour,je n'en ai croisé aucun qui blog. J'ai besoin d'un prénom, pas d'un pseudo, d'un avatar, non, un prénom à qui parler.S'il te plait hi3.
Je ne fais pas travailler l'aliénation avec le rationnel. L'aliénation m'intéresse dans ses dimensions inconscientes.Avec le rationnel, je pense qu'on démontre; l'irrationnel, l'inconscient peuvent, me semble-t-il, montrer, ouvrir, ce que le rationnel, le conscient ont clos. Notre société qui se voudrait toute de rationalité désigne l'aliénation comme un espace destiné aux aliénés, les lieux d'enfermement psychiatriques où, justement, bon nombre de pensionnaires nous ont tant appris sur l'aliénation.
Il y a tout ce qui nous échappe, tout ce que l'on ne contrôle pas dans l'aliénation. Aussi, je pense que l'aliénation recèle énormement de choses.. Les plus inattendues, les plus stupéfiantes, les plus révélatrices même. l'aliénation, à la limite, me semble être un domaine, une réserve très ouverts sur le monde et sur autrui. rassurante, sécurisante dans la liberté à laquelle ellle donne accès. Je crois que ce que les rationalistes redoutent le plus c'est la liberté. Tu sais pourquoi? par ce qu'ils ont compris que ça couterait cher et qu'ils y perdraient beaucoup.La bourgeoisie enferme l'aliénation.
Bon, on peut délirer sur les bourgeois, ils le valent bien, non?
Hervé, qui ne renie pas Balthazar. Chacun son domaine, son mode d'expression, sa liberté.