lundi 14 juillet 2008

MESSAGE 087 / ALLONS-Z'ENFANTS

Tous Balthazar, tous sauf toi, tu m'entends, défilaient ce 14 juillet sur les Champs-Elysées, nos tableaux tous parfaitement alignés, au bouton, même la Bentley conduite par Edouard, plus Irlandais que jamais. Et toi, toi Balthazar.... Que signifie cette tirade?

Clémentine

















Clémentine affligée par Balthazar
***

Garde-à-vous!
En avant! Marche!
Han, dé!
Han, dé!

Clémentine, je suis catastrophé, catastrophé. Hier soir, Clémentine, ton père et moi nous livrions à quelque prospective. Lui, en venait à conclure qu'inéluctablement l'humanité parviendrait, d'ici quelques décennies, à remodeler ses modèles politiques et économiques et, dès lors, il lui serait possible de reprendre la peinture dans des conditions décentes, honorables pour que lui et son travail s'épanouissent à nouveau.
Je rassure ici tout de suite nos deux seul-seule lecteur-trice que ce n'est pas l'arrivée à son terme de la longévité de ton père qui anéantirait cette stimulante perspective, à cette fin, je les invite à se reporter au message 014 pour qu'il-elle se rassurent.
Ceux, donc, et celles qui vivront dans un demi siècle assisteront avec nous à cette renaissance, poursuivit-il, ajoutant que nous serions auparavant confrontés à notre incapacité à répondre à la baisse et à la substitution de nos ressources énergétiques, que la seule issue possible, sauf à disparaître tous, était que nous étions condamnés, dès à présent, à réenvisager nos systèmes économiques et politiques pour qu'ils réorientent nos besoins en gratifications non plus dans l'accumulation de biens matériels, de pouvoir sur l'argent et sur autrui, mais que nous substituions à tout cela notre seul épanouissement personnel.
Rien que ça,! Intercalais-je, inutilement. Ca peut suffire?
Nous développerons, reprit-il des systèmes économiques qui excluront les activités artistiques et culturelles des lois du marché pour les introduire dans une systémique d'économie durable. Nous leur affecterons une défiscalisation personnalisée comme je l'exposais il y a quelques années déjà(*). A ce stade, je crus encore pouvoir le modérer en lui présentant qu'il n'était pas économiste, que rien dans sa théorie ne lui permettait d'affirmer qu'elle fût fiable, viable, réaliste.
Tous les systèmes économiques et politiques perdurent non tant de leur rationalité que par l'aval qu'ils reçoivent des peuples auxquels ils sont appliqués, continuait-il. Un système ne s'écroule que dès lors que ceux qui le vivent le rejettent. Un autre alors lui succède par à-coups, soubresauts, contrecoups incontrôlés, incontrôlables, souvent très violents. Néanmoins, je ne doute pas qu'un jour nous entendions : nous allons procéder à une défiscalisation individualisée des contribuables qui feront l'acquisition de biens culturels et artistiques, répéta-t-il une fois de plus. J'ai la ferme conviction, pour ma part, que cela prendra effet et fonctionnera.
Je t'avoue, à ce stade, Clémentine, que ton père m'inquiète. Souvent j'ai été désarçonné par ses études picturales, mais de telles réflexions économiques me laissent coi.
C'est alors que ton père reprit : Balthazar, nous sommes l'Histoire, toi et moi avons chacun plus de deux mille ans.
.. A notre naissance la France s'appelait encore la Gaule, Paris s'appelait Lutèce, Essonne Exona. Toi et moi, Balthazar, appréhendons les sociétés à l'échelle de l'Histoire, non à l'aune d'une vie d'homme ordinaire, non à l'aune de quelques générations; monstres nous sommes, monstrueuse, aux yeux d'autrui, est notre vision de l'avenir des hommes, prémonitoire et pertinente aux nôtres. Non, Balthazar, non, nous ne sommes qu'anachroniques.
Là, Clémentine, je crûs bientôt faire une apoplexie, je ne savais que dire, que faire. Grave ton père, Clémentine, grave! et le laissait là soliloquant et m'en retournais au quotidien, à l'intendance du MAMI, Edouard et la Bentley? Dieu sait où? Dans la nature.
Tout le monde ici divague, pensais-je, quand ton père vint encore me saisir par la manche pour me dire : Balthazar, tu sais quoi? I have a dream. A son air, j'ai aussitôt pensé: merde, le con, cette fois il va m'achever. I have a dream, répéta-t-il, sans que je puisse le réduire au silence. Nous figurions dans la Tribune officielle du 14 juillet, sous nos yeux défilent l'escadron pacifiste du MAMI, rassemblant tous nos tableaux, au pas cadencé, là défilant, Edouard tabour major, en grande livrée, en tête, quelle allure, Balthazar, quelle allure! Entre la Garde Républicaine et la Légion Etrangère, pas moins. Et tu sais quoi? J'ai décliné l'invitation pour la garden-party que nous a fait remettre le Conseiller de l'Elysée. Pacifiste, oui, mondain, ça jamais! m'asséna-t-il, enflammé.

Clémentine, Clémentine gémissait à présent Balthazar, le MAMI est en train de sombrer, de se saborder. Ce n'est plus le MAMI, Clémentine, C'EST MONTY PYTHON!

Attends, attends, Balthazar, tu sais quoi? Toi, tu es un bonnet de nuit. Mon père, il est super-marrant, lui. Quant à la Bentley et Edouard, ils sont sans doute en train de s'éclater et toi, toi Balthazar, TU ME RASES!

Repos!

(*) Voir message 004

10 commentaires:

Lidia a dit…

C'est ^drôle, j'un intitulé un de mes prochains billets : Allons enfants... rires... c'est vrai ! Il est bien rangé dans un tiroir.
Ton idée est très bien développée, tu l'avais déjà soulevée dans un autre billet, je m'en souviens. Défiscaliser l'art.
Bravo.
Je n'ai pas de nouvelles à te donner pour Edourad et la bentley, je ne les ai pas croisés, désolée.
Belle journée à toi.

Lidia a dit…

"J'ai intitulé", c'est mieux... pfffff faut que j'arrête de fumer n'importe quoi...

Clementine a dit…

Incorrigible toi aussi.
Je te rassure pour Edouard et la Bentley, ils étaient tous deux hier sur les Champs.
Nous ne t'avons pas aperçue à la garden-party?
Tu défiles avec nous l'année prochaine? Entre les deux le MAMI organise un défilé avec sa Collection Hiver 2009, t'en es?

Clémentine

Lidia a dit…

Tu sais, Clémentine, les garden-party, c'est pas mon truc, les défilé me font peur. Je suis du genre timide, même si je le montre peu et puis je m'habille en guenilles toute l'année, j'aurais l'air de rien...en plus je fais des fautes de frappes. Non, vraiment, ça pas le faire.
Mais merci pour l'invitation.

Clementine a dit…

Qu'est-ce qui te ferait plaisir alors?

Lidia a dit…

Tu es gentille Clémentine, mais je n'attends rien, à part regarder vos tableaux et venir vous lire, c'est déjà beaucoup. J'aime aussi lorsque vous passez par chez moi, lorsque le soleil brille, ce qui est le cas aujourd'hui par ici.
Merci pour tout ça.

Appels d'air a dit…

Tu me trouves trop gamine peut-être?

Clémentine, boudeuse.

Michel Cornillon a dit…

C'est quoi, ce bordel ?

Appels d'air a dit…

>michel cornillon

T'as tout compris. En gros, c'est ça. Reviens quand tu veux, mais dis-nous un peu où qu'c'est ton rad?
Groucho Marx reviendra peut-être avec nous tous, pour voir comment on peut poursuivre la conversation.

Balthazar

Appels d'air a dit…

> michel cornillon, qui ne dit plus rien :
C'est rien, mon adjudant!

***

1ère classe Balthazar, 1er escadron de tableaux voltigeurs, 1er régiment de peinture moderne itinérante, à vos ordres mon adjudant.