jeudi 18 mars 2010

L'ALBATROS

 
L'Albatros, encre, fin 2009.

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule!
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid!
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait!

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

 Charles Baudelaire, l'Albatros, Les Fleurs du mal, Spleen et idéal

6 commentaires:

TG a dit…

C'est beau de l'air…

Appels d'air a dit…

TG,
Ca ment na tout l'air.
Baltha

Bona a dit…

L'expression de ce personnage me touche infiniment. La preuve qu'avec très peu on peut dire beaucoup. (Less is more) Et cet Albatros... (" Exilé sur le sol au milieu des huées") Superbe!

Appels d'air a dit…

>Bona,
B. to B. :
Regarde l'interview de Jon Naar ( Twitbox du MAMI, colonne de droite)si tu aimes les Albatros.
Tu sais que je n'ai dessiné que ça ou presque?
Baltha

Laure K. ( del sol ) a dit…

bel épure
comme la poésie
belle et pure

Appels d'air a dit…

>Laure K. ( del sol ),
C'est très tentant, irrépressible pour moi, ce besoin d'illustrer des textes que je ressens comme émanant de "cousins". En même temps, facile et vain de s'appuyer, "se servir" d'eux pour cela.
Mais j'ignore d'où proviennent les dessins que je produis, aussi quand je m'aperçois d'une correspondance, c'est sans scrupule que je me colle aux textes qui m'ont croisé.
J'aime toutes ces collaborations éphémères qui me paraissent réussies.
Baltha