mercredi 11 juillet 2012

UNE FOCALE DE PEINTRE








LBM,
Le réglage de ma focale de peintre observe le protocole que voici: le dessin, la peinture qui surgissent sur le papier, la toile, le mur apparaissent tels les positifs sur le papier du bac révélateur de la chambre noire de photographe. Ma peinture c'est mon bac révélateur. Ma tête, ma main, les rares directives que je leur donne sont les éléments chimiques qui suscitent la révélation de mon dessin sur la toile. Pour la plus grande part, mon inconscient est le facteur majeur de mon révélateur. Ma main, ma tête interviennent à minima dans ce processus d'élaboration. Ma peinture tente de les en exclure. Elles n'interviennent que comme la main du photographe quand il agit sur la lumière en intercalant sa main entre le papier et la source de lumière rouge. Ma main, ma tête  interviennent pour modifier les couleurs, épaissir les traits, des petites choses, quand l'essentiel, lui, se révèle déjà peu à peu, indépendamment sur le papier, comme la main du photographe, avec la même discrétion, intervient sur la densité des aplats noirs et blancs. Il n'y a pas de règles dans ma peinture, s'il y en avait elles n'interviendraient qu'après coup et ne trouveraient un champ d'application que dans la seule reproduction. Or je ne fais jamais deux fois la même chose, je n'en ai nulle envie. Ma peinture ne répond à aucune commande, pas même à celles que je lui imposerais quand bien même je le lui demanderais. Mon atelier n'a rien de commun avec un lieu de travail, travail dans son acception originelle. Bien que l'atelier soit le lieu d'une extrême exigence.
La marge de manoeuvre y est faible. Il en va des tableaux,  des dessins comme des photos, il y en a de bons, d'autres qui le sont moins, d'autres encore qui ne valent rien. L'atelier pas plus que la chambre obscure ne peuvent tout, l'une et l'autre restituent ce qui a été mis dans la "boîte". Le peintre et le photographe sont des médiums, la part majeure de ce qu'ils restituent est le fait de l'humanité toute entière et de son environnement et de leur interaction avec eux, peintre, photographe. La raison, la réflexion, l'expérience, l'apprentissage ne sont, tous comptes faits, qu'intervenants mineurs dans le processus. L'essentiel échappe à tout ce que pourrait expliquer et décrire leurs auteurs, parler d'auteurs ici me semble une usurpation tant je m'y sens pour peu dans tout ce qui se passe là. Le dessin, le tableau d'eux-même viennent se loger sur le support. La main du peintre n'est que le déclencheur du photographe.





Un atelier de peintre n'est pas un lieu de travail, le travail y est même exclu. Les contraintes hiérarchiques, matérielles communes à la vie professionnelles n'y ont pas droit de cité, quand bien même ces droits se rétablissent sur ce qui en sort dès que les oeuvres en franchissent la porte pour être confrontées à tout ce à quoi le "monde libre" peut les exposer. Mais les portes d'un atelier ne s'ouvrent qu'à ceux qui se révèlent en capacité de laisser sur le paillasson les règles contingentes à ce monde libre. La porte de cet atelier s'ouvre à qui sait s'en extraire, s'en exclure, pour un temps. Ma focale de peintre c'est ça LBM.

Et les Rencontres d'Arles 2012 pour moi dans tout ça? Eh bien une chambre noire dans laquelle je me suis retrouvé comme le papier dans le bain révélateur, un passage de l'état de négatif à celui de positif. Après des temps de poses assez prolongés sur deux demies journées. Une chambre noire à l'intérieur de laquelle ni moi ni mon atelier n'avions jamais pénétré. Alors que je croyais et crois encore que l'atelier de peintre offre plus de libertés que la chambre obscure, un lieu où les idées, les intentions peuvent y surgir plus facilement, plus nombreuses, le papier, la toile du peintre offrant un nombre d'objectifs variables à l'infini. A l'atelier du peintre si le sujet est absent au départ, celui du photographe quand il tient l'appareil en main est déjà là, ou bien a déjà foutu le camp. Je rentre à l'atelier depuis quelques mois avec une ligne directrice, originelle qui va influer, déterminer, guider tout le reste : je trace, en premier lieu deux lignes qui se croisent, une verticale, une horizontale. La ligne verticale est la ligne de front, du nez, du menton, du cou, la ligne horizontale celle des narines, des yeux, des oreilles, de la bouche, des épaules. Après ma main et ma tête ne font que s'abandonner à ces lignes directrices et se laisser mener là où ces premières lignes veulent bien les entraîner. Je peins, je dessine comme je signe, deux lignes se croisent sur lesquelles viendront s'inscrire le reste de mon identité pour se terminer sur un point qui en ponctue l'achèvement. Avant de se livrer enfin à mon regard et à d'autres, avant de vivre sa vie, pour jouer son rôle avec nous, comme nous le faisons en société, entre amis, connaissances, selon   ....   selon ce que ...


Mais Les Rencontres d'Arles? Me direz-vous encore. Demain peut-être, un peu plus tard. Je ne sais pas. L'atelier a des secrets qu'il ne me fait pas toujours partager.


6 commentaires:

le bourdon masqué a dit…

capture de la photo et restitution de la peinture, j'ai du mal à concevoir le parallele entre les deux disciplines,malgré de grands noms qui se sont exprimés avec ces deux techniques.

Hervé SUCHET a dit…

>LBM,
Vous alors, c'était bien la peine que je me donne tant de mal pour tenter de vous répondre ( en empruntant, comme le suggérait votre commentaire, le vocabulaire de la photographie.

le bourdon masqué a dit…

mon signe astrologique: girouette ascendant roulement à billes.
merci Hervé et bonne journée.

Hervé SUCHET a dit…

>LBM,
OK ça roule.
H./S.

laurence a dit…

"C
'est ce qui en moi contemple qui produit ce que je contemple"je crois que c'est Plotin...

Hervé SUCHET a dit…

>Laurence, Je regardais le beau visage de Plotin sur Wikipedia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Plotinos.jpg