mardi 25 novembre 2008

MESSAGE 106 / PROPOS D'ATELIER






















Suchet, Etude pour un portrait d' Imparfait, huile sur papier, 101 X 71 cms, 19. XII. 1998

Courtoisie Monsieur P. Suchet


Je trouve aujourd'hui les Imparfaits très XIX ème. Avec le recul d'une dizaine d'années depuis leur réalisation. Malgré les dispositifs pris pour les rendre hors du temps, de tout contexte social : absence de fond, de vêtements, d'éléments susceptibles d'indiquer une époque, une localisation, une condition. Les Imparfaits ont, malgré moi, du Zola, du Hugo, du Dumas, non?
A leur création je ne les avais pas non plus dénommés Imparfaits. Je l'ai fait depuis en opposition aux Fulambules, aux Bâtons-à-tête de Conteurs, Bâtons de Griots, Arbres-à-tête qui, eux, évoluent sur un registre différent.
Les repères qui n'ont pas variés c'est le cadre dans lequel je les incluais et continue à le faire. Tous me paraîssent s'intégrer dans une lignée familiale. Comme si chacun laissait transparaître dans sa physionomie, son regard, ses pensées, ses attitudes tout l'acquis émotionnel enregistré au cours de l'existence de chacun et transmis en succession, en héritage avec leur patrimoine génétique. Alliances, déboires, succès, tares et capacités retracent ici une généalogie.

C'est à ce niveau, inconscient je pense, que le spectateur réalise ici qu'il instaure un dialogue singulier au tableau et à lui-même.

Par sa seule présence physique le tableau établit la communication avec le spectateur, grâce à ce que je viens d'évoquer plus haut. Le tableau monologue avec lui-même en présence du spectateur, le spectateur fait de même en présence du tableau.

Si, réellement, je suis parvenu à activer ce phénomène avec les Imparfaits, j'aurai répondu là à cette question que je me posais continuellement, me pose encore : que fait-on avec la peinture aujourd'hui, que peut-on faire aujourd'hui avec la peinture qui n'ait encore jamais été fait?

Je note encore, en procédant ici à cette sorte de rétrospective, que ce que je dis plus haut complète encore ce que j'en disais hier, le tableau et nous sommes dans une relation évolutive, renouvelante. Le tableau nous change, change notre relation à nous-mêmes et aux autres, au monde.

Encore ceci, à présent. Il me semble que cet Imparfait et moi avions, il y a dix ans des choses à nous dire que nous ne disions pas, que nous ne partagions pas avec d'autres. Il en est toujours ainsi, j'en fais le constat en en recevant cette photographie et je ne doute pas qu'il en sera ainsi chaque fois que nous nous croiserons, que nous irons au devant l'un de l'autre. Que le spectateur peut, lui aussi, partager cela avec cet Imparfait.

Deale esq. Propos d'atelier
.

24 commentaires:

laurence a dit…

Très intéressante cette réflexion sur les "imparfaits"...Pierre Bayard dans "Demain est écrit"a recherché comment la littérature anticipait sur la vie de l'écrivain Wilde,Woolf, Kafka, Proust
Peut être sommes nous écrits par nos livres ou dessinés par nos peintures ou nos photos ...

Appels d'air a dit…

L'Imparfait que je présente aujourd'hui me disait, à l'instant, la même chose que vous.
Il me faut encadrer votre commentaire.
Nous vous remercions, le tableau et moi.
h.s.

Sylvaine a dit…

Malraux dit dans la "Tête d'Obsidienne" :
...."la plupart des peintres se fabriquent un petit moule à gâteaux, et après il font des gâteaux. Toujours les mêmes gâteaux. Ils sont très contents.Un peintre ne doit jamais faire ce que les gens attendent de lui. Le pire ennemi d'un peintre, c'est le style." et aussi...Pour les dessins, rien n'est meilleur que le premier jet. Et puis la toile vierge, c'est bien. C'est très bien."
Balt-hasard tu n'es pas loin du dépouillement, celui qui habite une certaine métamorphose.

Appels d'air a dit…

> Sylvaine,
Oui, la peinture .... m'a dépouillé, de tout. Enfin du peu que j'avais, car comme dit Malraux dans cette citation que tu apportes ici, je confesse n'avoir pour ainsi dire peint que des "gâteaux", des personnages, encore des personnages, toujours des personnages. Ceci étant, Malraux à y bien regarder a fait cela aussi, à l'unité, la sienne.
Tu dis vrai encore en parlant de métamorphose, le temps m'est compté, les années ont passé.
Je ne désespère de croiser Malraux et toi un jour en pleine conversation avec mes Imparfaits, Balthazar vous écoutant avec ravissement.

A bientôt dans ma confiserie-pâtisserie-galerie,

Balthazar

helenablue a dit…

C'est le regard de cet "imparfait " qui m'aspire , cet oeil vif et direct , attentif , éveillé , en alerte ...
oui , par sa seule présence le tableau établit sa communication avec celui qui le rencontre et cela le raméne à lui-même, à un dialogue interne avec ses émotions et son identité . et cette relation ne peut êre qu'évolutive, comme la vie et comme celle que l'on entretient avec si-même ...
et c'est fascinant ...
oui , il me parle avec son oeil , et scrute ainsi mon âme ; ainsi j'avance un peu ...

merci hervé
Helena

Appels d'air a dit…

> helena,
Tu reprendras bien un gâteau(*) offert par le MAMI?

Le MAMI,
Musée d'Art Moderne Itinérant
&
Confiseur Patissier Chocolatier métamorphosés.

(*) Une idée de Sylvaine, lire ci-dessus

helenablue a dit…

volontiers cher Balthazar !
un gâteau(*) gracieux chocolaté et truffé !!

décidemment le MAMI est plein de ressources ...




(*) merci Sylvaine , tu es une fée

Appels d'air a dit…

> helenablue,

Mrs Hélèna, un Kleenex?

Edouard O'Neeball

helenablueblueblue a dit…

> Edouard O'Neeball ,

volontiers , merci de cette délicatesse ...

puis-je abuser , et vous en demander deux ?

Appels d'air a dit…

helenablue,

Please, Mrs Helena.

Edouard

polipoterne a dit…

L'évolution de l'art reflète-t'elle l'évolution de l'homme, ou tire-t'elle l'humain vers le haut ?

Se demander si il y a des limites à la peinture, n'est-ce pas dessiner ces limites ?

Trop de questions n'est ce pas brider la création ?

J'ai plus de questions que de réponses, alors, je me contente de me promener sur tes tableaux...

Passe une belle journée Bal.

Appels d'air a dit…

> Poli,
Sur un temps court de réflexion, je dirai que l'homme et l'art peuvent parcourir un bout de chemin ensemble et bénéficier l'un de l'autre. Elargir et partager tout cela.
Je pense que l'art inspire peut nous inspirer, j'ignore ce qui fait que l'homme en produise ou, pour être sincère, je ne voudrais pas ouvrir le champ à des bondieuseries pour en expliquer l'origine et la nature. La contemplation, sans aucun doute, cette aptitude que nous avons d'accéder à la contemplation. Là aussi, je laisse gurus, vrais et faux, en donner une définition.
Tes questions sont très bonnes, si ma peinture n'y répond pas ou ne te questionne pas, ma peinture doit alors se remettre en question. J'ai limité ma peinture à un champ d'investigation, une recherche, mes yeux vont droit dans les yeux de tous ceux auxquels je m'adresse en disant que : je crois être parvenu quelques fois aux objectifs que je me suis fixé, montré qu'on peut faire qque chose encore avec la peinture.
Merci de ton texte Poli, pardonnes à mon dernier commentaire sur ton blog de se révéler aussi peu inspiré.

h.s.

polipoterne a dit…

Mon cher Bal, ne remets pas ta peinture en question. Surtout pas.
Moi, je me contente de sentir les émotions des objets qui m'entourent, qu'il soient d'art ou communs. Je ne recherche ni questions, ni réponses, juste des sensations.
Et si je reste fidèle à ton blog, c'est que mes ressentis envers tes créations me donnent plaisirs à y revenir.
Tes commentaires sont toujours attendus chez moi, je te reçois toujours un verre à la main pour trinquer.
Porte toi bien Bal.

Appels d'air a dit…

Poli,
Un verre d'aligoté?

Baltha

soulef a dit…

Oui c'est la sensibilité qui compte , je pense , que ce soit pour le créateur ou pour ce qui est en face peu importe le temps et l'espace , juste peut-être avoir un regard sur la technique dans son évolution.
Grosses bises Balthazar .

laurence a dit…

La peinture restera comme une histoire dont on ne connaitra plus le sens et les hommes la regarderont étonnés de tant de vérités cachées

Appels d'air a dit…

> laurence,

Je me demande si le sens ne se renouvèle pas continuellement et si notre attention ne se porte pas, au fil du temps, des modes, des pôles d'intérêts sur des choses différentes pour leur demander de faire sens, leur faire donner du sens, leur en donner nous-mêmes?
Nous acceptons mal, en dehors de nos religions, les vérités cachées, regardez les efforts que nous déployons pour décrypter les fresques préhistoriques.
L'homme supporte mal d'être étonné et de s'en tenir là, non? Il faut être contemplatif pour cela pour y aspirer, s'y laisser " prendre ".

h.s.

P.S. Je me demandais, il y a peu, si je n'allais pas laissé ma prochaine publication de tableau sans aucun texte, je crois que je vais y céder.

Michel Cornillon a dit…

Mon cher Balthazar, là, vraiment, tu as fait fort. Et juste. Parce qu'analyser une œuvre dont on est l'auteur, ce n'est pas donné à tout le monde.
Bravo.
Peu de temps hélas, je dois poursuivre ma tournée, mais je reviendrai au plus vite répondre à certains points qui me paraissent essentiels.
A plus, vieux frère.

helenablue a dit…

pour moi , c'est étrangement assez naturel d'être étonnée , de me laisser prendre , faire , envahir , inspirer ...
hum ...

je me demande ....

Appels d'air a dit…

> Michel,
J'attends ton retour et ton complément avec impatience. Je ne manquerai pas de te le rappeler si tu tardais à le faire.
Deale esq.

Appels d'air a dit…

helenablue,
Il me paraît certain que soit venu le temps d'un tête-à-tête réel. Tu as mon téléphone.
h.s.

helena a dit…

hum ... peux -tu me le redonner ? je l'ai perdu ?

blue a dit…

c'est bon , je viens de remetre la main dessus !!
à bientôt ...
helena

Arthémisia a dit…

L'imparfait, le tableau...n'est qu'un mot...mais LE mot, celui du hic et du nunc.
C'est ce qui lui donne sa nécessité de vie.
Arthi