- Le bourdon, Clémentine?- Le bourdon? Un peu. J'ai passé chez toi une soirée inoubliable. Regarder le travail de mon père, ici et avec toi, c'est la plénitude de la peinture.
Ce matin avant de descendre déjeûner, je me demandais si mon père n'était pas passé à côté d'un destin singulier, d'un destin public. Ca m'a d'abord foutu une sacrée gueule de bois, puis j'ai fini par réaliser que la clandestinité de son travail est aussi un environnement dans lequel il a, finalement, toujours souhaité se maintenir, se garder. Papa n'est pas à l'aise et ne fait pas fondamentalement confiance à la reconnaissance, à ce qui la produit, l'entretient.
- Ton père, enchaina Balthazar, m'a dit une fois : " Avec la série verte, je tiens une piste infinie. Je pourrais peindre, j'en suis certain, au moins une centaine de tableaux dans cette veine sans l'épuiser." Il exultait.
Il ressentait parfois, à l'époque, m'avait-il semblé un peu d'amertume de ne pas trouver un environnement économique qui lui eut permis de réaliser largement cette série. Mais cela n'allait pas au delà de l'amertume, jamais jusqu'au dépit.
Ton père disait aussi : " Mieux vaut ne pas en faire assez que trop. Rester soi-même sur sa faim et laisser les autres sur la leur. Trop, c'est casse-gueule."
Un temps après :
Je dois y aller Clémentine.
Reste, reviens ici quand tu veux.
Ca va pour toi au MAMI? me demanda encore Balthazar.
- J'y suis alternativement dans la plénitude et le manque.
- Bonne journée, Balthazar.
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