En m'interrogeant sur la distance aux émotions, je m'interrogeais sur celle du peintre à son modèle et de là sur les femmes que j'ai peintes. Beaucoup, je les ai beaucoup peintes et j'en ai peint beaucoup. Les seules que je n'ai jamais peintes sont celles que j'ai désirées et aimées le plus. Et une que je n'ai pas peinte non plus, que j'ai fini par détester parce qu'elle l'était. Ca existe, j'ai mis très longtemps à accepter cela.
Je suis stupéfait de constater, disais-je, que je n'ai jamais peint les femmes que j'ai le plus désirées-aimées. Le désir, l'amour s'accomplissent, ne se peignent pas. Ils ne s'accomplissent pas dans les pigments, les images. Mais sans eux. Elle et lui, seuls.
Au mieux les pigments, la peinture les évoqueraient-ils, les convoqueraient, les provoqueraient à s'en griser, s'en fourvoyer, en vain.
- Edouard, laissez les tableaux que je vous ai fait monter ici jusqu'à samedi dans mon bureau. Après, remettez-les en réserve. Vous offrirez celui-ci, le portrait de votre fille, à Madame O' Neeball.
Balthazar

Je suis stupéfait de constater, disais-je, que je n'ai jamais peint les femmes que j'ai le plus désirées-aimées. Le désir, l'amour s'accomplissent, ne se peignent pas. Ils ne s'accomplissent pas dans les pigments, les images. Mais sans eux. Elle et lui, seuls.
Au mieux les pigments, la peinture les évoqueraient-ils, les convoqueraient, les provoqueraient à s'en griser, s'en fourvoyer, en vain.
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- Edouard, laissez les tableaux que je vous ai fait monter ici jusqu'à samedi dans mon bureau. Après, remettez-les en réserve. Vous offrirez celui-ci, le portrait de votre fille, à Madame O' Neeball.
Balthazar